je viens de relire un poème de Aimé Cesaire ."negrerie, excréments, coton soyeux" des mots accidentés,des particules extorquées à la colère , des flèches ciselées qui se sont glissées sous ma peau. Mais était -ce bien de peau dont il s' agissait?
De peau blanche ou de peau noire?
Un poème ou un projectile? Ce Cesaire là avait -il à ce point le démon du sens de la Sainteté au point de me hisser à ce diapason cosmique où j 'étais noire et momentanément blanche? Quand le Président Wade parle de race noire, brusquement je mesure l ' incommensurable distance que les mots nous ont infligé par ruse , à moi ,vous ,à nous tous.
" Un signe mystérieux venu du fond des cases venait me dire le secret d' un monde oû l 'art absolu était né"
"Luce Caggini"
numéro 00043798.
C' est ce que je découvrais dans une émotion bien ressentie devant des statuettes en bois dans une exposition d 'art Sénoufo en 1990 au Met à New- York , et bien d'autres choses encore .
Mais le bouleversement de l 'artiste n 'en n 'est pas resté là. Je naissais à moi même .Un monde de fraternité me faisait découvrir la terre à laquelle j 'appartenais nous appartenions tous.je découvrais à ma façon l 'art sacré.
Autour de moi, aux USA, à Paris, en province, il y avait un monde blanc et un monde noir ,coupés par quoi?Un nez aplatit ? Je commençai à parler franc sans me gêner à mes amis afro -américains de Chicago .
Aimé Cesaire a pris notre main , a déposé un signe d'amitié. Au - delà de toutes les argumentations philosophiques, historiques politiques et j 'en passe, c'est un homme qui a vécu la distance méprisante, cruelle aussi entre deux aperçus: le clair et le sombre.
Le coup de poing dans l 'estomac que j'avais reçu c'était un cadeau de la terre d'Afrique ,le cri
d'un poète qui venait à moi.