une Chrétienne née sur la terre arabe.

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La France de Sylvain Tesson : un magnifique voyage intérieur

Il a passé vingt ans à courir le monde entre Oulan-Bator et Valparaiso. Doté d'une santé à toute épreuve, il vivait «en surchauffe», avalant des litres d'alcool fort. Rien ni personne n'aurait pu l'arrêter. Mais la machine brutalement s'enraya. Sa mère était morte: «Et moi, pris de boisson, je m'étais cassé la gueule d'un toit où je faisais le pitre. J'étais tombé du rebord de la nuit, je m'étais écrasé sur la Terre», écrit Sylvain Tesson dans l'avant-propos de ces Chemins noirs, quatre pages initiales de toute beauté. Malgré cette chute de huit mètres qui aurait pu être mortelle, malgré les «clous» qu'on lui a plantés dans la colonne vertébrale et sa gueule cassée par une paralysie faciale, il n'a rien perdu de son incroyable grâce d'écriture. Grâce: le mot apparaît souvent au détour de ces pages au fil desquelles l'auteur, boitillant les dents serrées et déterminé, entraîne le lecteur dans la traversée de la France qu'il a entreprise à pied à l'automne dernier. Sylvain Tesson écrit comme un ange, arc-bouté contre la probabilité même d'un Dieu. Il n'a que faire des grâces qu'on lui concéderait du Ciel. Mais en passant par des régions que l'urbanisme n'a pas encore entièrement défigurées, à l'écart de la trépidation générale, du trop de tout, trop de monde, de mouvement, de production, il cherche un art de vivre qui, ne transitant pas par les écrans, ait encore un peu de grâce.

 

 

«Je voulais m'en aller par les chemins cachés.» Plutôt que de se rééduquer dans un centre médical, pour remettre son corps en branle, il a pris la route par les sentiers notés par un simple trait noir sur les cartes IGN, ceux qui échappent à la circulation rapide. Il avait des dizaines de raisons pour partir à travers la France. N'était-il pas ingrat d'avoir exploré les confins de la terre sans avoir jamais arpenté l'Indre-et-Loire? Mais quiconque entreprend une grande marche a toujours, sous les bonnes causes qui l'y poussent, un motif secret, une douleur et une prière tues. Sylvain Tesson ne fait pas exception. «La vraie raison de cette fuite à travers champs, je la tenais serrée sous la forme d'un papier froissé, au fond de mon sac.» Le récit de sa marche lente qui commence au mont Ventoux et s'achèvera à La Hague, débute donc par une énigme. Ne comptez pas sur lui pour se déballer en chemin. La grâce que quête le marcheur n'advient pas sans un fond de silence, de pudeur, de mystère. Avant de partir, il avait pris la résolution d'apprendre à jouir des choses sans les analyser, appliquant le commandement de Pessoa: «De la plante, je dis «c'est une plante»/ De moi, je dis «c'est moi»/Et je ne dis rien de plus/ Qu'y a-t-il à dire de plus?» Mais Tesson ne peut s'empêcher de penser. Tant mieux pour le lecteur. En passant près du village où vécut le naturaliste Jean-Henri Fabre, il évoque son oeuvre, qui lui apprit «qu'on pouvait s'ouvrir au monde dans le secret d'un jardin, fonder un système de pensée en regardant les herbes». C'est peut-être la leçon de cette marche à l'ombre des futaies: pourquoi passer une vie à cavaler?



31/10/2016
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