"Les Billets fous de Luce Caggini"

Ainsi donc, Luce Caggini ,vous avez lu "Naissance de Yann Moax?

Ainsi donc, Luce Caggini ,vous avez lu "Naissance de Yann Moax?

 

 

 

 

.............................. Même Proust aurait peut-être été mené entre deux théories manichéennes : imaginer le jeu des éléments du mariage de deux consanguins juifs. Non seulement un juif aurait été mort de rire mais il aurait été immunisé à jamais du musical jeu de mots : naître, vagir et nager dans le ventre de sa mère, c’est adoniser et le malheur et le malheureux dans le même temps !

Mener une enquête par mail c’est comme mettre un avis de passage dans la boite aux lettres de Yann Moix,  alors je me demande si ma visite à Reflets du Temps en sera récompensée par Madame Renaudot.

Expliquez, s’il vous plaît, et le besoin, et la procédure, et les objectifs :

1 – Lire en plusieurs fois, comment vous est venue l’idée ?

J’ouvre plusieurs livres à la fois ainsi je nourris mes besoins différents d’un moment à l’autre. En ce qui concerne" Naissance" je me suis dit que ma curiosité serait vite rassasiée si naître prenait mille trois cents pages.

2 – Quand avez-vous senti ce besoin ?

Ma croix a été vite dotée de trois milles autres raisons, je n’en donnerai que deux : la première est que je suis comme Moix réduite à me demander si je suis juive ou arabe ou les deux à la fois, la deuxième est que je serai bientôt Renaudotisée et pendant ce temps je serai obligée d’être moins tendre avec moi-même et mes habitudes de miraculée de la vie.

3 – Quand le lisez-vous ? Quand ça vous chante, ou avec une ritualité d’horloge ? Si c’est le cas, Naissance est-il un livre du matin ? Du soir, de pluie ou de soleil ?

Dans le métro j’aime regarder les gens, tous ont une histoire sur leur visage que je prends la liberté de lire.

4 – Où se passe ce moment ? Dehors ? Dedans ? Où, dedans ? Couette ? (dessus ? Dessous ?)

Je lis Naissance dans mon lit, calée entre une montagne de coussins dès que le jour tombe. Je ne sais pas lire au soleil, je ne sais pas lire dans un jardin public, je ne sais pas lire dans une salle d’attente, il me faut une solitude d’enfer, je suis une possessive, ne permets pas à une mouche de passer sinon je deviens une terroriste.

5 – En silence ? Même dans le métro ?

- Acceptez-vous du monde chez vous, quand vous lisez ce Renaudot, ou exigence d’être seule en tête à tête avec le bonhomme ?

Naissance ne permet pas de le lire par effraction. C’est un ouvrage exponentiel, au fur et à mesure de la lecture il s’enrichit de lui-même surbooké par une avalanche de montagnes en feu.

Moix le torturé séduit avec ses milliards de molécules souffrantes en leur donnant à chacune un nom.

6 – Des tranches de tant de pages ? Ou lisez-vous jusqu’à – mais jusqu’à quoi, justement ?

Après une centaine de pages je me rafraîchis le visage avec Correspondance à trois de Rilke, ou un Nothomb.

7 – Que vous apporte ce procédé ? Qu’imaginez-vous qu’il vous donne de plus qu’une lecture cursive ?

Vous arrive-t-il de « sauter » des bouts de Moix ? Ou d’en relire ?

lire Naissance la bouche close en plusieurs étapes juste pour ne pas manquer d’oxygène et arriver au sommet en état de prendre le petit café du matin.

8 Un goût de Moix peu ordinaire, le vôtre, pas la recension de tel ou telle ; dites-nous, qu’on mesure !

J’ai parlé à Yann Moix au cours d’un séminaire au Saint-Germain-des-Prés, il demande qui vient pour la première fois et lui souhaite la bienvenue. Je n’ai pas rencontré un personnage mais un homme ; il ne distribue pas de gage à la petite semaine, aime la contradiction, drôle, d’une densité inadaptée à son physique, Moix est un homme moyen de taille.

Sa présence est perceptible à la lecture de Naissance, d’ailleurs il a besoin du lecteur pour s’extirper du ventre maternel car il en sort à mains nues, ce qui donne au lecteur une certaine liberté. Naissance est pullulement, une constante efflorescence, un bouillon de culture, une giclée de sperme et de particules sanglantes qui vous sautent à la gueule à jets continus…

Je pense à l’effroi du traducteur !

Naissance c’est un vrombissement, c’est un lâcher de milliers d’oiseaux animés de fiel et de coups de bec dont Moix renaît sans cesse purifié par le sang du Christ, car la ligne directrice en filigrane de l’homme Moix est la mortmétaphysique, oui ! Moix est un intermittent de la vie qui a transité par la souffrance.

9 – ah, j’oubliais !! une de vos toiles à proposer en couverture du livre ! Laquelle ?

Mon choix s’est porté sur cette Maternité – « Naissance de mon Algérie en 3000 ans de souffrances », Luce Caggini

 

 



02/06/2019
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 21 autres membres