"Les billets fous de Luce Caggini"

Cheanee vient d'apprendre qu ' il est atteint du Mal (Deuxième partie ). "Un sourire de mon ami le lion "

 

 

Je ferai face à un pacte sans appel auquel je vais me sangler.

Je me donnerai mille morts, je m’isolerai dans ma grotte, je me nourrirai de caroubes et d’eau fraîche (Bnei Baruch étude de la kabbale).

Mes notes de musique classique, mon art de vivre en harmonie avec mes sens d'esthète réservent le plus grand aveu de complément de vie après la vie.

Au terme de ce jour singulier, garant de ma fin, ce jour qui n’a plus ses vingt quatre heures, ce jour non officiel, altéré par un séisme spécial, ce jour illimité et limité de mon calendrier biologique, je me retire dans mon antre, marin d'eau douce, inassouvi, sans véritable regret de la mer.

 

Quand un espoir de vie tient dans un sac poubelle, il faut la jouer sans panique, avec la miséricorde divine cette séquence là, sous peine d’amorcer plus vite que prévu l'annonce d'une kyrielle de maladies opportunistes, comme ils disent.

Je sortirai de cet exil, avec un mérite garanti par le ciel généreux, non comme un estropié mais comme un nouvel Adam, sculpté dans un carrare du 21ème siècle.

Ça les épatera !

La compagnie des virus et champignons scélérats vont s’empiffrer avec mes T4, et ceux là  ne vont pas me lâcher comme ça.

Pour le moment, seul, Asmin, le door-man a lu sur mon visage ce qu’une nuit a empuanti. Les amarres rompues il deviendra mon cordon ombilical, car c'est lui qui donnera l’alarme, quand il ne me verra pas réapparaître.

Déjouer les stratégies d’une nef vidée de ses fous, sera dans mon intolérable et triste sort, une rude partie à parier pour un lendemain dessaisi de son lendemain.

Ce seul mot me fait l’effet d’un palestinien kamikaze, englué sur le paillasson de ma porte.

Avant de craindre pour moi, j’avais eu peur pour les copains.

Je m’étais bien renseigné et surtout, je les ai vus. Dans un premier temps, on ne voit rien de spécial. C'est la seconde entrevue qui fait tout basculer. Ils perdent leur chair, et ne tiennent plus debout.

Les gens survivent, en partie dans leur lit, car souvent ils n’ont même plus la force de le quitter. On sait alors que l’on pénètre dans un monde où rien n’est fixe, où d’un jour à l’autre, on fait partie d’une statistique sur un fichier d’hôpital.

J’avais même observé chez certains des changements caractériels troublants. Je notais, à l’époque que cette vie là avait une règle de jeu macabre, celle d’un parcours obligé, où un coup partait avec la balle à blanc et l’autre, sans avertissement, à balle réelle. Un champ de tir, en somme avec une longueur de parcours ajustée pour des fourmis qui auraient perdu leur instinct de conservation.

Il fallait convenir que l’émergence d’un tel verdict me plaçait en dehors de toute intervention humaine.

 



16/08/2019
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