"Les billets fous de Luce Caggini"

Cheanee vient d'apprendre qu ' il est atteint du Mal (Troisièe partie ) " Un sourire de mon ami le lion "

 

Si je m’étais laissé glissé d’un jet en plein vol, c'eût été moins spectaculaire que de se livrer à ces chercheurs de génie qui pourraient bien trouver le truc pour un séropositif de devenir le négatif de lui-même et me transformer en un organisme semblable aux abeilles qui se reproduisent naturellement.

Car c'est vers ça que je vais en ligne droite. Une sorte de bourdon qui aurait été exceptionnellement béni du ciel.

La saison des shows étant bouclée, les amants défunts, se retrouver sur le palier de son building, clef en mains, secoué de panique, à garder un semblant de dignité, faire face aux fantômes d’un présent en voie d’extinction, c’est le format de poche d’un balluchon en bagage non accompagné.

Dans l’espace feutré, style building des années trente, avec appliques en verre dépoli, escaliers de marbre protégés par un passage en moquette grise, fixée par des barres en cuivre, je ne me vois qu’en forme de panaris tombé du ciel, ancré sur une moquette propre, turgescent prêt à crever. Les murs peints dans le gris « navires de guerre » et l’éclairage discret, comme tout le reste, concède à l’immeuble le charme discret d’un club anglais qui me sert de dégueuloir au moment même où je mets la clef dans la serrure.

Est-ce que tout ira toujours si vite ?

Je me trouve devant la porte du lieu géographique de ma trentaine flottante  dans le  désert liquide  de  la mer des  Sargasses. Un seul coup d'œil me  dit que ces quatre murs vont aller se faire voir ailleurs.

Sous mes yeux les guenilles d’une existence où aucun jeu n’était interdit où les interdits n’avaient pas de règle.

Les yeux vides des masques africains le disent avec la force de leurs bois morts. Les sorciers de braise ont éteint leurs feux, l’extase n’est plus de ce monde.

Le plaisir excommunie.

Était-ce le plaisir ?

La nuit peut-être ?

La décence n’a pas eu droit de cité dans ces lieux.

Le rythme sauvage de nos gestes d’hommes civilisés infectés par les vapeurs de la possession d'un autre ne résonnera plus.

Des bruits se sont tus.

Pas un souffle de vie n'a survécu dans cette case abandonnée des Dieux.

J’entre dans le lot des perdus, ceux que la vie a ébréchés, harassés, et marqués du sceau des intouchables qui vont se récupérer comme ils pourront avec une nouvelle recette, de petits pas, à petites doses.

Quand toute une partie de soi disparaît en une nuit, un résidu de sueur reste collé à la peau passant d’une dimension connue à la portion réduite du regard d’un homme dégonflé de son ramage et son plumage.

Réplique étiolée d’une centaine de neurones : ta vie est passée de jouissances et de rires, en un poison en continu distillé dans chaque cellule.

Personne ne m’avait jamais vu m’extirper de mes vêtements, les mêmes depuis avant hier, ils exhalent ma débâcle.

Ayant perdu de vue mes folies barbares et leurs vertus redoutables, j’opère une marche arrière, ventilée par la partie la plus redoutée de mon cœur éraflé, je me réfugie dans ce goulet du compromis entre vie et vécu.

Ce fut le cri sauvage qui sortit de ma gorge de pantin à genoux, épuisé, à érafler les cordes vocales de la chorale d’un cœur d’hommes.

La nuit tombait, je tombais, terrassé. Quinze heures de sommeil m’ont été offertes, comme la cachette secrète où je rencontrais  le soleil qui me redonnait espoir et vie.

Ce matin, je ne sais plus ce que je dois faire de ma vie, mais je sais ce qu’elle va faire de moi. Je ne connais pour le moment que le premier acte qui a suivi le shoot que j’ai subi hier.

Dans mon miroir, un regard vide et stupide : un autre.

Dans la salle de bains, un rayon de soleil à travers la fenêtre translucide de la salle de bains donne un joli reflet à mes cheveux. Cette mèche révélatrice appartient à une époque consumée.

Chaque minute s’enfièvre dans mon corps pour en accrocher une suivante, dans un processus infernal. Du fond de mes tripes j’entends rugir l’envie de décamper de ma tanière, me soustraire en un seul bond à cette pensée asphyxiante arrimée aux derniers mots du docteur Ephtimious.

 



16/08/2019
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