"Les Billets fous de Luce Caggini"

L' "Etat Islamique" et la théologie du viol : l'enquête édifiante du New York Times

 

 

 

 

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Une jeune fille de 15 qui désire être identifiée seulement comme F, à droite, avec son père et son frère de 4 ans. " A chaque fois qu’il venait pour me violer, il priait " raconte F, qui fut capturée par l’Etat Islamique il y a un an et vendue à un combattant irakien.

Affirmant qu’il a le soutien du Coran, l’Etat Islamique codifie l’esclavage sexuel dans les régions conquises d’Irak et de Syrie et utilise cette pratique comme un outil de recrutement. La journaliste Rukmini Callimachi a publié son enquête dans le New York Times du 13 août. Nous le reproduisons dans son intégralité.

Qadya, Irak – Juste avant de violer la jeune fille âgée de 12 ans, ce combattant de l’Etat Islamique a pris le temps d’expliquer que ce qu’il s’apprêtait à faire n’était pas un pêché. Parce que cette préadolescente pratiquait une autre religion que l’Islam, non seulement le Coran lui donnait le droit de la violer mais, insistait-il, il le préconisait et encourageait à le faire.

Il lui attacha les mains et la bâillonna. Puis il s’agenouilla à côté du lit et se prosterna dans la prière avant de se mettre sur elle. Lorsque cela fut fini, il s’agenouilla pour prier à nouveau, mettant fin au viol par des actes de dévotion religieuse.

" Je ne cessais de lui dire ça fait mal, s’il vous plaît, arrêtez," dit la jeune fille, dont le corps est si petit qu’un adulte pourrait encercler sa taille de ses deux mains. " Il m’a dit que selon l’Islam, il est autorisé à violer une non croyante. Il a dit qu’en me violant, il se rapproche de Dieu ", raconta-t-elle dans un entretien avec sa famille dans un camp de réfugiés ici (ndlr : en Irak), dans lequel elle a trouvé refuge après 11 mois de captivité.

Le viol systématique des femmes et des jeunes filles de la minorité religieuse de Yazidi est profondément mêlé à l’organisation et à la théologie radicale de l’Etat Islamique depuis que l’organisation a annoncé cette année qu’elle relançait l’esclavage comme institution.
Des entretiens avec 21 femmes et jeunes filles qui ont récemment échappé à l’Etat Islamique, de même qu’un examen attentif des communiqués officiels du groupe mettent en lumière à quel point cette pratique est inscrite dans les principes fondamentaux de l’organisation.

L’Etat Islamique a développé une bureaucratie détaillée d’esclavage sexuel

La traite des femmes et des jeunes filles Yazidi a créé une infrastructure systématique, avec un réseau d’entrepôts où les victimes sont retenues, des salles d’observation où elles sont inspectées et mises sur le marché et une flotte dédiée d’autobus pour les transporter.

Au total, ce sont 5270 femmes Yazidi qui ont été enlevées l’année dernière et au moins 3144 sont encore retenues captives, selon les leaders de la communauté. Pour les gérer, l’Etat Islamique a développé une bureaucratie détaillée d’esclavage sexuel, incluant des contrats de vente notariés par les cours de justice dirigées par l’EI. Et la pratique est devenue un outil de recrutement bien établi pour attirer les hommes de sociétés musulmanes très conservatrices, dans lesquelles le sexe sans attache est un tabou et le fait de se fréquenter interdit.

Un corpus de plus en plus important de mémos de mesures internes et de discussions théologiques ont établi les grandes lignes de l’esclavage, notamment une notice très longue publiée par le Département de la Recherche et de la Fatwa de l’Etat Islamique pas plus tard que le mois dernier. De manière répétée, les dirigeants de l’EI mettent l’accent sur une interprétation restrictive et très sélective du Coran et d’autres règlementations religieuses afin de, non seulement justifier la violence, mais également d’élever et de célébrer chaque crime sexuel comme spirituellement bénéfique, même vertueux.

" A chaque fois qu’il venait me violer, il priait " raconte F., une jeune fille de 15 ans capturée sur l’accotement du Mont Sinjar il y a un an et qui fut vendue à un combattant irakien d’une vingtaine d’années. Comme d’autres personnes qui ont été interviewées par le New York Times, elle a souhaité être identifiée seulement par son initiale à cause de la honte associée au viol.

" Il ne cessait de me dire que c’était ibadah ", dit-elle, utilisant un terme des écritures islamiques qui signifient le culte.



13/03/2016
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