"Les billets fous de Luce Caggini"

Le texte qui résonne comme le glas de "Nous les Pieds-noirs ". Remerciements à Antoinette Prieto

 

 

 

 

MARSEILLE 28/08/1962

 

 

 

Le cabas

Quand le bateau accosta à Marseille après 36 heures de traversée ou l’image de notre pays perdun’arrivait pas à s’estomper, ou les yeux étaient secs à force d’avoir trop pleuré, l’aventure sur le sol français faillit mal commencer pour ma famille et cela par ma faute.

Nous avions tous une valise dans chaque main sauf ma sœur qui tenait la cage du chardonneret; le pauvre nous aurions dû lui rendre sa liberté mais avec notre tortue il faisait partie de la famille. Alors ma mère me dit: " Jacques je te confie le cabas .Ne le perds pas tu sais ce qu’il y a dedans". En effet ce cabas contenait toutes les économies d’une vie car je ne pense pas que mes parents avaient ouvert un CCP pour transférer leurs maigres économies. Il y avait aussi tous les documents (livret de famille etc.) Bref c’était le cabas à ne pas perdre et ma mère me savait raisonnable.

Je ne sais si vous vous en souvenez mais quand nous sommes arrivés à Marseille nous avions été accueillis comme des terroristes En effet les services de police recherchaient les membres de l’OAS, ils avaient des listes et il fallait présenter ses papiers afin qu’ils contrôlent notre identité. Bien entendu le flot des rapatriés avançait plus que lentement: nous faisions un pas et nous arrêtions, nous posions nos valises et hop cela repartait Cela durait un temps infini et ce qui devait arriver arriva: à force de poser les bagages, de les reprendre et ainsi de suite à un certain moment je suis reparti en ayant oublié de prendre le cabas. Nous continuions avancer à ce rythme quand arrivés au bas de l’échelle de coupée ma mère me demande : " jacques tu as toujours le cabas, hein mon fils ? " Et non !!!! Catastrophe je n’avais plus le précieux bagage !!! Je ne vous décris pas le branle-bas de combat, les lamentations de ma mère, les remontrances de mon père et tout cela en une fraction de seconde!!Immédiatement je remonte à l’envers l’échelle au grand étonnement des passagers qui descendaient, je regardais de partout et miracle, au début de l’échelle qu’est-ce que je vois ? THE CABAS !!! Il était là ou je l’avais laissé et personne ne l’avait pris en douce!! Alors je soulève le cabas et je crie à mes parents :" je l’ai, je l’ai !!".

Une fois sortis de la gare maritime je m’attendais à recevoir la douche de ma vie que certes j’aurais méritée. Mais mon père n en fit rien comprenant bien sûr que nous avions tous la tête ailleurs après cette pénible traversée Voila commença ma vie en France

HUVER JACQUES

MERCREDI 28 MARS 2018

 



29/08/2019
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