"Les Billets fous de Luce Caggini"

Marie la Magdaléenne sur le chemin de la rédemption .

 

Marie la Magdaléenne sur le chemin de la rédemption .

 

 

 

 

 

Je regardais ma mère avec d’autres yeux .C'était la première fois que le visage de ma mère n’avait plus de lumière.

La fois où nos deux présences détruites, où jour et nuit avaient confondu leurs lueurs, leur matière, leur apparence, même leurs heures ,la fois où toutes deux altérées par les lieux travestis de stupeur, lieux vidés de leur tendresse, de leur contenu intime me réduisaient à une pelletée de poussières parce que évidence et obscurité étaient soumises au réel et au virtuel dans le même lit: là, devant moi, ma mère n 'était plus ma mère .

 

Les temps , le sien et le mien flottaient au-dessus de nous, nous unissant dans un lien immortel .Moi, la nomade adorée de ma mère , je me laissais glisser pétrifiée, transie dans cette fausse matière que j 'avais créé artistiquement pendant des années un peu partout dans le monde : du marbre ; il s'abattait maintenant en masses sur mes épaules , me réduisant en rognures .

 

Ma mère naissait dans un ailleurs , moi dans un autre; les mots ne correspondaient plus . D’ailleurs les mots s’étaient tus. J'apprenais la confrontation d’ une mère que j ‘avais méconnue .



Je quitte la chambre . J’étouffe une violence . Je ne pense pas. Dans ma main un petit mot que ma mère a écrit : « Luce mon double , toi c’est moi , moi c’est toi ».

Les choses qui devaient se faire se firent le lendemain .

J’assiste .

 

Il n ‘ y a pas de refuge pour les âmes mortes . Ma mémoire est en terre. Une étamine me tient lieu de corps à mi -hauteur entre ciel et ciel  appartenant au sentiment du monde de l ‘apparence .Pendant que je suis dans un vase clos , ma mère erre .

La commotion de la déchirure où m 'entraîna la perte de ma mère me pourvut d’une voix d’obsidienne, un état où mon corps s’engourdissait pour laisser place à ce mot  apartheid tatoué sur ma chair : avoir été sans plus être , état confus étranger si nouveau que un nouvel être ne pourrait qu 'en jaillir .Une fois encore ma généreuse mère ,ma douce maman me donnait une nouvelle chance .

 

Quand je rentrais à la maison ,entre ses murs, c’est dans les larmes que je reçus sa bénédiction .



08/01/2016
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