"Les billets fous de Luce Caggini"

Mémoire d’ une montagne face à un nuage chinois .

 

 

 

 

 

 

 

 

Mémoire d’ une montagne face à un nuage chinois .











 

Les dossiers, les pages barbouillées, livres annotés, photos, tasses à café, lettres, factures glissèrent à l‘autre bout de la table de monastère.
Elle en savait des ivresses, des secrets peut être même des aveux vu qu ‘elle venait d’ un temps qui ne parlait plus à personne depuis des siècles. Cepen­dant les épousailles de myriades de mots réduits à l ‘état de silence , unis au boucan de leur sens, laissèrent des empreintes qu 'un peintre ne pouvait ignorer, surtout un
peintre soucieux de remettre en question la vision unique de la représentation des choses , un peintre affranchi du piège des des­sinateurs appliqués, un peintre ayant foi dans les traces abandonnées par d’autres mains sur ce bois patiné par les âges .

Dix mille milliards d'électrons mis en orbite, une mouture d’ ondes patientes engagèrent un discours vécu entre voix et silences, musiques et moines, murs et oublis, pouvoirs et symboles, mutisme et pluralité des voix divines ou illustres entre David, Bethsabée et Salomon , tentées de dire leur intimité punie par l ‘oubli .

 Rencontres paradoxales, poussiéreuses, croyantes, engendrées , spiri­tuelles peut -être, grâce à trois notes d’ oiseaux siffleurs .

En sourdine , nus , avec passion , dé-passion, imprégnés de pudeur à en devenir charnels , les indicateurs d’ images abandonnées, chiffonnées de millions de souvenirs, entrèrent à pieds joints dans un petit coin de mon cœur.



Vertueux artiste entre deux mondes, le monde des Croisades et le monde des Han, tu as deux noms et deux mémoires en même temps, tu unifies mi­niatures et modèles, tu épures ta fonction de narrateur de tes propres règles, mutant dare-dare de ton état de peintre vers un état d’écrivain .

Tu casses le temps. Quand le silence des autres se fait entendre, tu es dans ton entier jusqu ‘au bout de ton pinceau.

« Il y a cette étrange entité de l'instant qui se place entre le mouvement et le repos, sans être dans aucun temps, et c'est là que vient et de là que part le changement, soit du mouvement au repos, soit du repos au mouvement ».(Bergson).



Avec des gestes de précaution, il piqua un pinceau dans le grand bocal de confitures sur le coin de la table ; ce fut comme une mise en condition avant d’entamer cette aventure avec fermeté mais mesure, dans l‘igno­rance de la représentation , sans affectation, sans repentir, ne permettant aucun flot aucun apaisement ni espoir le rejoindre .

Que la lourdeur de la vie s’ envole !

Des poils de ce pinceau -là jaillira le signe .

 

A la seconde où l ‘acteur de Kabuki dénude son visage , abandon­nant les âpres rugosités ,les oratoires vibrants de rires étrangers , magicien , il sau­poudre son visage de beauté, et, empreint des silences surgis du naguère, brû­lant de modestie, avant d’exercer un art ondoyant entre deux rituels de mue , comme lui, le peintre écrit.

 

Dans cette rupture empruntée à sa vie, l’artiste pose un regard viscéral sur le papier qu’ il voit comme un miroir .Il a vidé sa vie de son secret .

Face à face .

Apprivoisée la mort.

Donnée la vie .

Sans arguments, sans complaisance, déconstruit , détaché, tour à tour voluptueux et aride, mutant ,imprudent et naïf , en un rien de temps muet , perméable, mémoire enfin éclose d’ un moule étranger , égaré et miraculeusement relayé à la tradition du Grand Empire, il a reposé son pinceau dans le bocal à confitures .

Le signe intimé de la main du mutant, du miroir des signes, en état de panique met la matrice en terre par humilité en mémoire du Grand Empire du Soleil Couchant.

 

 



02/01/2016
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