"Les billets fous de Luce Caggini"

Paroles nées Rue de la Paix.

Paroles nées Rue de la Paix

 

 

 

(Renaud Camus, Richard Millet et Alain Finkielkraut - Le Destin de la langue française)

 

 

 

Paroles nées Rue de la Paix

 

 

 

(Renaud Camus, Richard Millet et Alain Finkielkraut - Le Destin de la langue française)

Je viens d'écouter le début de cet interview d 'Alain Finkielkraut et ses deux invités . Révélation ! ces deux écrivains se surpassent pour faire partager leur amour de la langue française . Je réalise que je n 'aime pas langue dans la quelle je parle et j 'écris .

France pays des lumières n 'est pas mon berceau. Moi, je ne l 'entends pas, j'ai d'autres sirènes dans la tête. Perte d' innocence , une innocence grandie de la connaissance de mon pourcentage génétique imprégné de mes origines oranaises mené en mode rêve et images des soleils un peu trop  bleus . Des puits où fusionnent brios, sources de couleurs, cris de petits enfants jouant à cache -cache, petits bruits au du fond de la mémoire d'où s'échappent des débris de mots : ma mère et ma grand-mère se parlant en espagnol pour que je ne comprenne pas .

Coté paternel, chansons siciliennes assourdies dans les pierres et les géraniums du jardin de Gambetta furent les témoins du jour de ma naissance. Quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver un jour dans la maison familiale deux hommes avec de grands chapeaux s'entretenir avec mon grand père dans une langue inconnue de moi.

Je me parais  du français faisant un outil de ma condition de méditerranéenne mais je me déguisais en maure avec délectation.

Séduite d'entrée de jeu par Goethe, Heine, à l 'écoute de Schubert, Le Roi des Aulnes, je m 'aventurai dans la langue germanique.

Puis ma vie de peintre s'est emballée, nourrie de mes solitudes peuplées des compositeurs du Pacifique à l 'Oural où je puisais vérités, couleurs , violences et douceurs du trait. À NYC, quand mes amis russes dans l 'ardeur de nos soirées passaient de l 'anglais au russe, c'était une invite aux vastes paysages jusqu ' à me sentir en confidence avec Rachmaninov .

Parité en hommage à mes ancêtres , mixage d' horloges et de gènes..

Sabir, mirage des mémoires muselées, des murs et montagnes du vieux pays des ors des Scythes au désert des oublis, versets de la musique arabe, vantardise des oranais, murs du Kotel, canciones espagnoles, musique des mémoires ventilées en mille et une nuits de rires, étourdissant ramage de mes jeunes années, pendentif du jeu des sept familles menant aux confins du désert, détruisant une masse de résonances au profit de la langue de Molière, je jouais le même chant de mon jardin de Gambetta à Oran mais je murmurais aux oreilles des deux lions de la Mairie d' Oran : «  un accord de neuvième , les bémols sont bleus ».

 

 

 



02/06/2019
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