"Les billets fous de Luce Caggini"

Testament d' un auteur inconnu..... Ton visage nous est inconnu , ton cœur nous est familier , Pied-Noir .

 

 

 

 

 

 

Merci à l 'amie Antoinette Prieto . C'est une historienne passionnée à faire exister un pays qui n 'existe plus .Grâce à son énergie sans faille les amis revivent leurs rêves, leurs familles, leur nostalgie . On pleure et on rit mais on découvre aussi ce qui est au fond de notre cœur .

 

 

 

 

 

«  vivre et mourir Pieds-Noirs

A quelques encablures de ma fin de vie, à un âge où les souvenirs se déclinent plus aisément que les projets et après avoir épuisé mes capacités de silence, je ressens le besoin d'éclairer un malentendu.

Après plusieurs dizaines d’années de vie professionnelle, j’ai travaillé avec vous, Français de Métropole, milité avec vous, partagé quelques succès et quelques épreuves, communié aux mêmes valeurs, au même humanisme. J'ai bu à la coupe de ce bonheur de vivre en France Métropolitaine, au point que j’ai cru avoir oublié que j'étais né dans une des provinces françaises, sur une autre rive de la Méditerranée, de parents et de grands-parents à l'accent impossible souvent venus d'ailleurs. Je m’étais cru Français comme vous et j’avais cru achever ce travail de deuil commun à tous les exilés du monde.

Et puis, des maisons d’édition ont fait pleuvoir témoignages et réflexions sur la guerre d’Algérie. Les chaînes de télévision et les radios ont commenté les ouvrages et refait l'Histoire de 132 ans de présence française en Algérie. Avec une étonnante convergence de vues, la plupart ont révélé

, sur cette période, une vision singulièrement sinistre. J’ai revu l'histoire de ma patrie, l'Algérie Française, travestie ou défigurée en quelques propositions caricaturales :

« La présence de la France en Algérie fut de tout temps illégitime».

"Les Français d' Algérie ont exploité les Arabes et ont volé leurs terres"

" Les soldats français ont torturé des patriotes qui libéraient leur pays"

" Certains Français ont eu raison d'aider les fellagas (islamistes) à combattre l'armée française et peuvent s'enorgueillir aujourd'hui d'avoir contribué à la libération de l'Algérie en assassinant d'autres Français."

Alors, j’ai compris que personne ne pouvait comprendre un pays et un peuple s’il n’avait appris à l’aimer... et vous n’avez jamais aimé "cette belle Province", notre Algérie ! Alors, j’ai compris pourquoi vous changiez de conversation quand je révélais et affirmais mon origine «Pieds-Noirs». J’ai compris que les exodes espagnol, arménien ou juif vous avaient touchés mais que le nôtre vous avait laissés indifférents, et même dérangés, au point de nous vouloir nous rejeter à la mer. J’ai compris pourquoi les maquisards qui se battaient pour libérer la France envahie étaient des héros, mais pourquoi des officiers qui refusaient d’abandonner ce morceau de France, ces citoyens français et ces Harkis, entraînés à nos côtés,

étaient traités de putschistes. J'ai compris pourquoi des mots comme "colon" avaient été vidés de leur noblesse et pourquoi, dans votre esprit et dans votre langage, la colonisation avait laissé place au colonialisme.

Même des Français de France Métropolitaine, comme vous, tués au combat n'ont pas eu droit, dans la mémoire collective, à la même évocation, aux mêmes commémorations que les Poilus ou les Résistants, parce qu’ils furent engagés dans une "sale guerre ». Alors que leur sacrifice fut aussi noble et digne de mémoire, vous est-il plus facile de célébrer le 19 mars, d’autres "héros algériens", ceux-là plutôt que nos soldats morts pour rien! Dans un manichéisme grotesque, tout ce qui avait contribué à défendre la France métropolitaine était héroïque ; tout ce qui avait contribué à conserver et à défendre notre province algérienne pour continuer à y vivre était criminel... "Vérité et légitimité en deçà de la Méditerranée... Erreur et crime contre l’humanité au-delà !"

Vous, si prolixes pour dénoncer les tortures et les exactions de l'armée française, vous êtes devenus curieusement amnésiques sur les massacres et les tortures infligés par les fellagas à vos compatriotes européens et musulmans.

Vous ne trouvez rien à dire sur l’œuvre française en Algérie pendant 130 ans. Pas un livre, pas une émission de télévision ou de radio, rien ! Les fictions même s’affligent des mêmes clichés édités par de pseudo historiens Français, à peine âgés de quatre ans en 62... Arrogants et fils de porteurs de valises, et de certains maghrébins volontairement non intégrés, et soi-disant "opprimés". Ce qui est singulier dans les débats sur l'Algérie et sur la fin de la période française, c'est que celles et ceux qui en parlent, s'expriment comme s'ils parlaient d'une terre étrangère et dont ils ignorent tout, absolument tout même au plus haut niveau d'Etat.

Disséquer le cadavre de l’Algérie Française leur est un exercice clinique, que politiciens de basses œuvres, néo-journalistes, commentateurs en verve et professeurs d’université gauchisants, réalisent avec la froide indifférence d’étrangers à notre Nation.

Personne ne pense que plus d'un million de femmes et d’hommes n’aient connu et aimé que cette terre où ils sont nés. Personne n'ose rappeler qu'ils ont été arrachés à leur véritable patrie et déportés en exil et certainement pas "Rapatriés" sur une terre souvent inconnue et fermement hostile... Quand certains français se prévalent d'avoir aidé le FLN, personne ne les accuse d'avoir armé le bras des égorgeurs de Français... Cette terre vous brûle le cœur et votre triste mémoire vous gave de mauvaise conscience.

Je n'ai pas choisi de naître Français sur une terre que mes instituteurs m'ont appris à aimer comme étant une province française à part entière.

Mais, même si "mon Algérie" n'est plus, il est trop tard, aujourd'hui, pour que cette terre me devienne étrangère et ne soit plus la terre de mes arrière-grands-parents, de mes grands-parents et de mes parents, ma terre natale.

J’attends de vous, amis français métropolitains, que vous respectiez mon Histoire même si vous refusez qu'elle soit aussi votre Histoire... Je n'attends de vous aucune complaisance mais le respect d'une histoire dans la lumière de son époque et de ses valeurs, dans la vérité de ses réalisations matérielles, intellectuelles et humaines, dans la subtilité de ses relations sociales, dans la richesse et la diversité de son œuvre et de ses cultures. J'attends que vous respectiez la mémoire de tous ceux que j'ai laissés là-bas et dont la vie fut faite de travail, d'abnégation et - parfois même - d’héroïsme en 14-18 et 39-45. J'attends que vous traitiez avec une égale dignité et une égale exigence d'objectivité et de rigueur, un égal souci de vérité et de justice, l'histoire de France d'en deçà et d’au-delà de la Méditerranée.

Alors, il me sera peut-être permis de mourir dans ce coin de Métropole Française, en m'y sentant aussi, comme vous , Chez moi... Enfin !

Lette d’un Pied Noir anonyme »

 

 



03/07/2019
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